Posté le 17.07.2006 par tahar
On imagine également pourquoi les critères du choix des élus au moment des candidatures sont à observer d'une façon stricte; ces critères officiellement prescrits étant: "intégrité, compétence, engagements".
A propos du premier critère (l'intégrité), l'expérience a montré l'existence des quatre catégories suivantes que j'ai eu l'occasion de répéter maintes fois pour éclairer ce genre de débat :
servir,
servir et se servir,
se servir et servir,
se servir.
Ce jeu de mots permet de classer - preuves à l'appui ! - les responsables qui détiennent un pouvoir de distribution. Puissions-nous trouver une grande majorité dans le premier cas, voir écartés ceux de la troisième et condamnés sévèrement ceux de la quatrième catégorie !
Quant à la deuxième formule (servir et se servir), elle est à réglementer pour en éviter des interprétations trop souples et pour en assurer une application objective, honnête, exceptionnelle. Cela me rappelle qu'au niveau de notre APC, après mûre réflexion et au cours des deux mandats, j'ai dû mettre au point une formule pour tenter de répondre en particulier aux multiples demandes personnelles des collègues en matière de logement et de sauvegarder la crédibilité de notre mission vis-à-vis de la population.
Il n'a pas été difficile de les convaincre au cours d'une séance plénière que toute demande de logements émanant d'un membre de l'APC devrait être remise avec des justifications au président même et jamais intégrée à celles des citoyens; il n'a pas été difficile non plus de faire désigner deux collègues qui devaient constituer une commission spéciale présidée par moi-même en vue d'étudier ces demandes et de les classer, au besoin après visite sur les lieux pour trancher certains litiges; il n'a pas été difficile enfin de faire comprendre que la liste méritoire ne devait s'écouler qu'au compte-gouttes, proportionnellement à la satisfaction très limitée des besoins de la population dans ce domaine.
Le même principe de " se servir" au compte-gouttes a guidé notre action - non sans difficulté - pour d'autres besoins comme par exemple les lots de terrain, rappelant ainsi sans cesse notre rôle capital et unique de "servir" et la confiance placée en nous " par le peuple et pour le peuple".
"Ne commettons donc pas la lâcheté, voire le crime, de profiter du "gâteau" que la population nous a confié pour le lui partager équitablement en son absence", tel est le genre de phrases que maintes fois j'ai dû répéter autour de moi, accomplissant ainsi un de mes devoirs de "père de la famille APC et de la commune". Mais ce "père" pour être crédible, doit donner l'exemple; d'où les efforts sur moi-même et les appels à Dieu pour m'aider à maîtriser tout désir personnel, familial ou amical, toute tentation de tremper à mon profit dans ce "gâteau" ou plutôt des "gâteaux" dont les citoyens attendent des parts "coupées" dans un esprit de justice. La force d'un responsable de distribution réside dans la force à dominer ses tentations... Est-il besoin de rappeler que dans certains pays, le dépôt de l'état des biens de responsables précède l'exercice de leur mission ???
Je souligne avec satisfaction que les magistrats de la cour des comptes qui avaient passé un mois environ à contrôler notre gestion s'étaient intéressés aux "acquis" des élus et de leurs proches depuis leur installation.... Je souhaite que cette pratique s'étende à tout responsable ayant pouvoir de distribution, à tous les niveaux.
Un autre témoignage mérite une place dans cet écrit: il s'agit de la participation des femmes aux assemblées élues. J'éprouve le besoin d'en parler d'autant qu'il y a régression à Constantine dans ce domaine, ce qui n'est pas à l'honneur d'une ville encore renommée par divers aspects de sa culture ancienne et actuelle. En effet, en 1975, j'ai commencé avec sept collègues femmes dont deux vice-présidentes; au deuxième mandat, il n'y en avait plus que deux; actuellement (1988) plus aucune à l'APC, ni d'ailleurs à l'APW et même plus à l'APN comme députée de Constantine !
Je me souviens que pour le premier mandat, une directive était venue de la Centrale du Parti en vue d'encourager la représentation aux APC de la moitié féminine du corps électoral, et Constantine y avait répondu favorablement, en tout cas mieux qu'ailleurs. C'est dire que la première leçon est à tirer par les responsables centraux du Parti, dans leur délicate mission d'éducateurs de la masse. C'est dire également la part fondamentale qui revient aux femmes elles-mêmes dans leur combat en première ligne pour leur légitime considération, combat multiforme : instruction, formation, comportement, tenue, organisation, sensibilisation.
Ces recommandations ne sont-elles pas aussi valables pour les hommes ?
Certainement oui ! L'exhibitionnisme, par exemple, dont la source est un manque de mesure et d'éducation, est condamnable aussi bien chez les hommes que chez les femmes. Mais bien sûr, le contexte local est injustement impitoyable pour les femmes !
Comment ai-je jugé de l'utilité et de l'efficacité des femmes élues ? Tout simplement en les comparant à leurs collègues masculins !
Déjà, à l'époque où le nombre d'Algériennes diplômées et instruites étaient encore relativement faible, la pratique de tous les jours n'a montré aucune différence particulière, sauf que l'environnement dressait davantage d'obstacles pour les femmes et mettait à l'épreuve leur courage et leur patience.
Les deux vice-présidentes étaient ponctuelles aux réunions, aux audiences du public, attentives aux doléances des citoyens, mieux placées pour des entretiens avec des citoyennes; elles présidaient délicatement leur commission, étaient estimées de leurs collègues, avaient appris à cerner l'avis majoritaire en réunion; pas une seule fois, elles n'étaient venues se plaindre d'être dépassées par leurs charges ou appeler au secours, comme pourraient le supposer certains hommes ! Elles me tenaient au courant de leurs difficultés, de leurs projets et me consultaient sur des points délicats.... exactement comme le faisaient leurs collègues vice-présidents hommes, les seules différences ne provenant que du caractère, de l'âge, de la formation, que ce soit pour elles comme pour eux.
Quant aux cinq autres femmes membres de l'APC de mon premier mandat, comme leurs dizaines de collègues hommes, elles participaient en fonction de leur disponibilité, de leur motivation, de leur tempérament, de leur culture; à aucun moment, on ne décelait en elles les charges de mères de famille (et il y en avait deux), d'épouses (et elles étaient trois), d'employés de l'Etat (et elles l'étaient toutes). On ne se rappelait de leur condition féminine qu'aux heures finales de nos réunions pour leur éviter de rentrer toutes seules chez elles ! Difficulté provenant de l'environnement et certainement pas d'elles ! Il faut dire qu'en plus de leur comportement réfléchi et intelligent, elles avaient la chance d'avoir un époux, fiancé, frère ou père compréhensif pour ne pas dire normal.
J'ai encore en mémoire l'intervention de l'une d'elles qui, en quelques mots, a fait changer d'avis l'assemblée. Il s'agissait d'autoriser ou non l'ouverture d'un café au bas d'un immeuble. Tous les élus hommes penchaient vers l'avis favorable “pour permettre aux amis de ne pas aller loin et de pouvoir déguster leur café en sortant de chez eux...”
- "Mais par où passeront vos femmes et vos filles en sortant de chez elles, messieurs ? s'est exclamée tout naturellement cette collègue qui a ainsi rappelé à la raison toute l'assemblée, et l'autorisation fut ainsi refusée....
UTILISATION
DES LOCAUX SCOLAIRES
Parlons maintenant d'une expérience en faveur des enfants, menée avec conviction et efficacité précisément par une femme, la vice-présidente de l'époque, chargée de l'enseignement, de la culture et des sports. Partant du constat que les enfants bénéficiant de séjours en colonie de vacances étaient et sont encore minoritaires, malgré les efforts consentis, nous avons pensé organiser expérimentalement dans trois quartiers de la ville, avant de l'étendre ailleurs, des "centres de vacances" ou "centres aérés".
En quoi consistaient-ils ? Il s'agissait tout simplement d'accueillir les enfants "libres", dans un établissement scolaire proche pour bénéficier d'un encadrement et d'un programme visant à veiller sur leur sécurité, leur santé, leur éducation, et à leur offrir un minimum d'instruction et un maximum de loisirs. Au lieu de passer ses journées dans les rues avec tous les risques connus, l'écolier en vacances était pris en charge par des "moniteurs" sous l'égide des autorités locales; il profitait ainsi d'un double avantage : celui de passer ses soirées dans le climat affectif de sa famille, et ses journées à évoluer au sein de ses camarades, sous la conduite d'éducateurs certes jeunes, mais eux-mêmes encadrés par des enseignants expérimentés à défaut de directeurs de colonie de vacances diplômés. D'ailleurs, pour nous entourer d'un maximum de garanties, nous avions fait appel à des cadres scouts, bien exercés à ce type d'activités.
Voici quelques éléments éclairant davantage cette initiative qui a duré deux ans, soit jusqu'à la fin de notre premier mandat :
- Nombre de centres ouverts : quatre;
- Critère du choix de ces centres: Principalement dans des quartiers
peuplés de familles aux conditions modestes (centre ville, Ouinet el
Foul, Daksi);
- Nombre d'enfants accueillis: une centaine par centre ;
- Nombre d'encadreurs: quatre par centre, soit deux animatrices et deux
animateurs;
- Durée du séjour; les mois de juillet et août;
- Horaires d'accueil : 8h à 11h et 14h à 17h (ou 8h à 11h30 et 14h à
17h30) ;
- Activités proposées aux enfants: mouvements d'ensemble dès l'arrivée
du matin; chants, danses, travaux manuels: découpage, modelage etc...;
courtes séances de lecture et révisions; préparation de fêtes de fin de
séjour: week-end en excursions à Djebel Ouach, baignades à la
piscine et même une fois par séjour à Skikda, grâce à l'aide généreuse de la régie des transports urbains; etc.....
- Participation des familles : 10 DA par mois et par enfant, en 1978 et
1979.
- Encouragement à chaque encadreur : 300 DA par mois.
Pour éclairer cette initiative, laissons la parole, dix ans après, à la vice présidente que la formule passionnait au point qu'elle continuait à animer "ses" centres alors qu'elle était en congé de maternité : "comment ne pas sacrifier mes vacances pour en offrir à des centaines d'enfants abandonnés dans les rues? J'étais encouragée par la foule des parents qui me suppliaient journellement pour inscrire leurs enfants, par la compréhension des services que je sollicitais et, surtout par la présence quotidienne des "colons" qui ne manquaient presque jamais...".
Bien sûr que des améliorations peuvent être apportées au profit des enfants et de leurs encadreurs; introduire d'autres activités dont nécessairement la lecture, d'autres types de travaux manuels, le maximum d'excursions pour changer d'air, organiser un service de repas du midi des concours entre les centres de vacances de la ville, des rencontres sportives et culturelles, lancer des campagnes de volontariat éducatif à la mesure des enfants, etc... En fin de compte, c'est toute la cité qui en bénéficiera, ce qui justifie largement le dégagement de subventions du budget communal au profit de cette oeuvre
Il est certain que la formule devrait réussir dans plusieurs de nos communes d'Algérie au grand profit de nos enfants empêchés de rejoindre une colonie de vacances.....et c'est la majorité ! Il y a sans doute des lieux naturellement favorisés en été par rapport à d'autres, surtout du point de vue climatique ; mais le champ est largement ouvert aux initiatives des APC, des directions d'éducation et des sports, de l'UNJA, des scouts et bien entendu des parents et de leurs associations.
Et il ne faut pas craindre d'utiliser, dans des cas bénéfiques de ce genre et avec des conditions évidentes, les locaux scolaires en dehors des heures de cours.
Ceci m'amène à relater l'accueil des jeunes, sous la responsabilité de l'UNJA (Union Nationale de la Jeunesse Algérienne), dans certaines de nos écoles primaires: il s'agit d'une autre initiative de l'APC à l'avantage des jeunes.
Nous étions sans cesse harcelés par eux; en effet en dehors de quelques rares locaux appartenant à leur organisation, ils n'avaient pas où activer, où s'organiser, où sauver d'autres jeunes de la rue. Ils nous harcelaient donc à juste raison pour obtenir la construction d'autres maisons de jeunes ou de simples locaux aménagés.
On avait, d'un côté, des milliers de jeunes et d'enfants qui étaient livrés à la rue après les heures de classe, et de l'autre, des établissements scolaires qui, après ces mêmes heures, étaient fermés et sévèrement gardés ! L'idée donc de concilier les deux a fait son chemin, d'autant que, dans l'enseignement, j'avais participé à la mise sur pied de cours de rattrapage à l'intention des élèves renvoyés.
Mais il a fallu vaincre bien des oppositions et des réticences. En premier lieu, celles des chefs d'établissement scolaire, partiellement légitimes, jaloux de la bonne tenue de leurs locaux. En second lieu, il m'a fallu convaincre des collègues qui pensaient que la construction de maisons de jeunes réglerait le problème, argument plausible mais solution insuffisante et à long terme; mener l'exécution des deux formules était une nécessité, compte tenu de l'ampleur du problème. Il m'a fallu également gagner l'appui des responsables de l'Académie qui épousaient les craintes des chefs d'établissement scolaire et qui, surtout, s'en tenaient aux recommandations du ministère de l'ةducation qui avait sans doute eu vent de multiples dégradations dans des écoles et lycées prêtés, à travers le pays, à des organismes s'occupant d'enfants et de jeunes.
C'est donc dans un contexte hostile que nous avons lancé, après chaudes discussions à l'assemblée, l'opération que je qualifie de sauvetage en faveur de nos jeunes.
" On ne fait pas d'omelette sans casser d'oeufs ! ai-je répété bien des fois, en ajoutant " on n'éduque pas sans certains risques " et je dirais encore que " plus les risques sont grands, plus importants sont les efforts d'éducation, plus méritoire est l'action éducative ".
Il fallait - et c'est ce qu'on a appliqué - déterminer au préalable toutes les précautions possibles à prendre. Des réunions avec le secrétariat de l'UNJA ont permis la désignation nominative et permanente de 2 ou 3 responsables au niveau de chaque école, le choix des horaires convenables et des salles de classe appropriées, la mise au point d'un contrôle périodique de l'expérience à travers la ville, la permanence d'un contact entre le bureau wilayal de l'UNJA, la commission communale chargée des jeunes et l'Académie.
Le constat a montré que là où l'encadrement laissait à désirer, des dégâts eurent lieu; vitres cassées, placards dont l'ouverture a été forcée, affichages des enseignants barbouillés ou déchirés, etc...... Ce qui n'a pas manqué de nous attirer les foudres des protestataires de départ qu'on tentait de calmer avec la formule précitée de " l'omelette" et surtout par le montant dérisoire du préjudice causé par rapport au résultat d'ensemble, compte tenu du nombre réduit de locaux atteints (trois à quatre classes sur une vingtaine !!).
Au lieu de réagir négativement, on invitait à poursuivre et à renforcer l'action éducative par de nouvelles précautions, de nouvelles mesures telles que le changement de responsables, la responsabilité des jeunes mêmes... A la limite, ne valait-il pas mieux avoir dans les rangs le ou les délinquants mineurs plutôt que de les laisser dans la rue ? On les subissait, mais on pouvait les sauver ! Et c'était l'un des succès attendus de l'opération générale.
Il reste que le programme d'activités - qui ne relevait pas de la compétence de l'APC - a une grande importance dans l'attrait des jeunes, leur occupation utile, leur instruction, leur éducation. L'UNJA avait donc la charge d'encadrer et d'intéresser les jeunes et les enfants; pour ceux-ci, je pense que la pédagogie scoute est toute indiquée .... mais restons dans les prérogatives particulières aux APC, ce qui n'exclut pas leur rôle de conseiller et d'initiateur.
L'utilisation organisée des locaux scolaires a également été pratiquée- et il est heureux de constater qu'elle l'est encore à Constantine,- en faveur de l'alphabétisation.
Chaque année, des centaines de citoyens et de citoyennes de tous âges étaient accueillis, après les heures de classe enfantine, dans une dizaine d'écoles primaires, pour apprendre les rudiments de la langue nationale; chaque année, des dizaines de succès au certificat d'études pour adultes étaient enregistrés; chaque année, après la rentrée scolaire, se déroulait avec un maximum de publicité (affichages dans les lieux publics, les cafés, etc..... articles sur la presse locale; appels par voiture-radio, etc....) l'inscription des adultes, femmes et hommes majoritairement des jeunes.
Les écoles choisies répondaient à une distribution touchant les grands quartiers (Sidi Mabrouk, Bellevue, Aouinet el Foul, Centre ville, etc...); leur directeur et le concierge s'étaient habitués à inclure dans la vie de leur établissement le fonctionnement de ces cours qui duraient jusqu'à vingt heures; avec certains, il a fallu sèchement assumer nos responsabilités; avec d'autres, leur indifférence ne nous décourageait pas; enfin avec la troisième catégorie et c'est hélas la moindre, leur participation volontaire et effective assurait le succès de l'opération dans leur quartier.
Entrons dans les détails de cette oeuvre suivie par la commission culturelle, mise en pratique par un instituteur détaché de l'Académie, subventionnée en totalité par le budget communal.
Si l'alphabétisation a existé et existe encore sous cette forme à Constantine, c'est bien parce que l'APC ou les APC qui se sont succédées ont trouvé dans cet instituteur détaché un homme convaincu, expérimenté, aidé par son intelligence, son tact et son esprit d'initiative.
En effet, une fois les inscriptions faites, il procédait à des tests de niveau et organisait pédagogiquement ses classes. Au début, c'était uniquement et purement de l'alphabétisation avec ses trois niveaux classiques; la plupart des inscrits étaient âgés et effectivement analphabètes; cela dictait un programme et une méthode appropriés, inspirés des recommandations et des productions du CNA (Centre National d'Alphabétisation).
Puis, avec l'arabisation progressive de nos administrations, les candidats étaient surtout des agents de l'Etat qui voulaient se mettre au diapason. On pratiqua alors essentiellement de l'alphabétisation fonctionnelle.
Ensuite ce furent les vagues d'élèves âgés, renvoyés tant des écoles primaires que de l'enseignement moyen, qui affluèrent vers ces centres le soir pour les garçons, la journée pour les filles; de l'alphabétisation, on passa alors au rattrapage ou au perfectionnement.
Le principal animateur de cette oeuvre ne s'est donc pas enfermé dans un carcan rigide et permanent; il s'est adapté aux conditions du terrain, à l'évolution qu'avait subi la clientèle de ces cours ; ceci toujours avec notre compréhension et nos encouragements. Il y eut ainsi même des classes d'un niveau supérieur à celui du certificat d'études, à l'intention des adolescents venant des CEM (Collèges d'Enseignement Moyen).
Comment étaient encadrés ces centaines d'élèves ? Sur quel budget fonctionnaient ces cours ? N'y avait-il que de l'enseignement pour attirer et retenir ces jeunes ?
Annuellement tenue au courant des activités et des succès de ce Centre communal d'alphabétisation, l'APC votait chaque fois les crédits nécessités par son fonctionnement et chargeait sa commission culturelle de veiller à la bonne renommée de cette oeuvre, unique dans son genre dans le pays, nous a t-on affirmé.
Quant au personnel enseignant, il se composait essentiellement d'étudiants des classes terminales et de l'université qui avaient pris l'habitude de venir se porter volontaires au début de chaque année scolaire, moyennant une modeste indemnité (300 DA en 1983 par exemple par enseignant dispensant quatre heures et demie de cours par semaine).
Etant donné leur ignorance du métier d'enseignant, des stages d'initiation étaient organisés à leur intention avant l'ouverture des cours, des regroupements se poursuivaient assez périodiquement le long de l'année, et des visites du directeur du centre, aidé d'un adjoint, servaient à contrôler le sérieux du travail sur le terrain même et à conforter les techniques pédagogiques des quelques 60 " alphabétiseurs ".
Parallèlement à l'enseignement proprement dit, une animation culturelle, artistique et sportive prenait place, surtout pour les plus jeunes. C'est ainsi que des troupes théâtrales, des ateliers de couture et de broderie, des équipes sportives se constituaient sur la base du volontariat et renforçaient l'esprit de famille. Des fêtes communes étaient organisées, des sorties de groupes récompensaient les plus méritants.
Notre présence à certains de leurs rassemblements, nos visites diurnes et nocturnes des classes, les mesures exceptionnelles prises sur demande toujours motivée et convaincante du directeur, ce furent là quelques moyens qui aidèrent au développement, à la crédibilité et au succès de cette oeuvre municipale.
Tous ces différents domaines ont un impact très profond sur la population. Pratiquement, notre action à l'APC est jugée par nos concitoyens à travers ces secteurs qui touchent leur vie quotidienne.
En effet, un bon accueil du citoyen, sa certitude de la prise en charge sérieuse de ses problèmes, si minimes soient-ils, sont des éléments qui renforcent les rapports de confiance entre lui et ses élus.
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Posté le 16.07.2006 par tahar
BESOINS DES CITOYENS ET DES CITES
Mais auparavant, commençons par des situations, des expériences, des succès, des revers que j'ai déjà eu l'occasion de citer dans des discussions occasionnelles.
Je pense par exemple au rôle d'un Maire qui se doit de connaître, de classer, et de répondre aux besoins de ses concitoyens dans toutes la mesure du possible. Ces besoins très divers dépendent des conditions de vie des familles ; on devine aisément ceux qui naissent d'un gourbi : c'est pratiquement le degré le plus bas de l'échelle, surtout s'ils se doublent d'un besoin de travail. Pour les familles qui obtiennent un logement, ce sont d'autres vœux à satisfaire : l'eau, l'électricité, le gaz, l'école, l'aire de jeux, le transport, qui peuvent en effet faire défaut, jusqu'à l'organisation complète de la cité.
Mais ces cas, qui sont prioritaires et plus courants, ne doivent nullement nous empêcher de considérer les besoins des citoyens mieux nantis ; c'est ainsi qu'il n'y a pas lieu d'être scandalisé d'apprendre les vœux de ces deux familles qui m'ont appelé, l'une pour faire augmenter la pression de l'eau, une nuit ou deux, en vue du remplissage de la piscine fraîchement construite dans la cour de la villa ; l'autre pour lui envoyer le camion-échelle de la commune afin de sauver un chaton perché bien haut sur un arbre voisin de leur maison, et éviter ainsi à leur fillette très attachée à cette bête un traumatisme possible ! La solution a été possible pour ce dernier et non pour le premier. Mais c'est dire qu'un élu doit être à l'écoute de ses concitoyens et faire de son mieux dans chaque cas, en orientant cependant l'essentiel de son énergie vers les situations les plus pénibles et les plus générales.
Autres sujets traités souvent à l'occasion: les cas dramatiques de logement dont je ne citerai que trois parmi ceux qui m'ont marqué. Voici des éléments de l'entretien pour le premier cas :
- Où habitez-vous, madame ?
- Dans une cave de Ouinet El-Foul
- Comment est cette cave ?
- Humide, obscure, non aérée, sans toilettes...
- Combien de personnes y êtes-vous ?
- Trois, ma petite fille, mon petit fils et moi même.
- Comment vont vos enfants ?
- La fille voit à peine à force de vivre en cave, mon petit, Dieu merci, assez bien portant, est élève au lycée.
- Comment êtes-vous arrivés dans cette cave ?
- Au début de l'indépendance, j'ai quitté la campagne parce que je me sentais abandonnée et avais peur pour mes petits-enfants qui étaient encore très jeunes ; j'ai scolarisé le garçon et non la fille comme on faisait au douar ...
- Montrez-moi vos papiers !
- Voici des récépissés de demandes de logements, deux attestations de participation à la Révolution...
- Comment y avez-vous participé ?
- Mon mari est tombé au champ d'honneur; mon fils qui l'a rejoint a subi le même sort en me laissant sa femme et ses enfants; au cours d'un bombardement de notre hameau, je n'ai pu sauver que les deux petits qui vivent encore avec moi, Dieu merci...
Ce premier cas a pu être réglé exceptionnellement de par sa nature et le retard qu'il a subi, retard d'une douzaine d'années !
Deuxième cas qui ne cesse de me tourmenter encore : c'est toute une cité de recasement construite à l'époque coloniale, en forme de bâtiments massifs, comprenant des appartements d'une chambre ou deux; sans doute celles-ci abritaient des foyers avec moins d'enfants au départ, mais avec le temps, ceux-ci ont eu bien des frères et soeurs et notre enquête en 1982 a révélé des situations dramatiques ! En les classant par ordre de gravité, on avait enregistré un peloton de tête d'une famille à 18 personnes dans une seule chambre, puis deux à 17 chacune, 4 à 14, etc....
Il a fallu d'urgence commencer à dégager un premier quota exceptionnel de logements qui a permis de régler le cas des premiers classés : mais offrir un quatre pièces à d'aussi nombreuses familles règle-t-il le problème ? Sans doute encore provisoirement. Les studios ainsi libérés étaient parallèlement accordés aux familles suivantes qui disposaient alors de deux chambres en attendant le futur quota....
Je connais encore au moins un chef de famille qui, à l'époque, était "mal classé" avec onze personnes dans une pièce, et dont j'évite le contact dans la rue; mais cet après midi, je me suis trouvé face à face avec lui et, j'ai cru recueillir une nouvelle réconfortante en lui demandant où en était sa situation. Réponse ?
" Rien n'a changé, nous sommes encore dans notre unique pièce où cela fait des années que je n'ai pas couché avec mon épouse...et en plus, j'ai dû demander la main d'une femme à mon fils, que je vais être obligé d'héberger avec nous... Ma qualité de Moudjahed va-t-elle un jour me servir à sortir de cette situation invivable ?"
Que puis-je dire ou faire devant un cas de ce genre ? Très gêné, je lui ai souhaité une fois de plus "bonne chance quand même !" en ayant conscience que c'est là une bien faible position de ma part.... J'y songe encore, en suis hanté..
Quant au troisième cas, il m'a offert la plus pénible des réponses que j'ai pu recueillir à ce sujet; ce fut en fin d'entretien avec une mère de deux enfants qui, rejetée par sa belle famille, est venue demander secours, c'est-à-dire un studio ou une guitoune (tente); lui ayant expliqué que c'était impossible actuellement pour la première solution et dangereux pour la deuxième, je l'ai invitée à rentrer "chez elle."
"Quel chez moi ? me lança-t-elle, je n'en ai pas ! Je n'ai pas où aller avec mes enfants !!! "
Comment se tirer d'affaire en pareil cas ? Sans l'avoir convaincue, je l'ai presque obligée à aller vers un membre proche de sa famille en attendant...
Mais peut-être serait-il utile ou au moins intéressant de rappeler à cette occasion le recensement des situations plus ou moins critiques en matière d'habitations à Constantine, sans préciser de chiffres qui changent d'une époque à l'autre, d'une année à l'autre, d'un déménagement collectif à l'autre.
Ce classement est spécifique à notre ville et sans doute à Alger. Citons :
1) les bidonvilles ou plus justement les gourbivilles qui se sont étendus ou multipliés par des constructions non plus en terre mais en parpaing ;
2) les familles habitant des maisons anciennes en danger plus ou moins imminent, telles que celles de la vieille ville où la protection civile intervient presqu'à chaque pluie;
3) La zone qui commence au bas du Coudiat et qui s'étend jusqu'au terrain d'El Menia est d'une instabilité inquiétante ; le glissement de 1972 est incrusté dans la mémoire des 1200 familles relogées après bien des années de patience passées dans des cités provisoires dites "cités de transit "... et dans celle des Responsables !
4) La quatrième catégorie est celle des familles vivant dans des baraques, des buanderies, des couloirs, des sous sols, des caves, des terrasses, etc.....;
5) la suivante est celle des familles déjà sinistrées et donc évacuées en urgence et installées dans ces cités communales de transit, cités pour lesquelles on se bouscule en guise de demande concrète et pressante de logement;
6) la sixième concerne tout ce qu'on peut imaginer sur des familles vivant des drames quotidiens: celles frappées d'expulsion par la justice, celles hébergées avec femme et enfants dans une chambre d'hôtel servant de tout, celles composées de 2 à 3 foyers et même 4 coexistant dans deux à trois pièces, celles où les deux époux ont divorcé et, avec les enfants se sont partagé le gîte commun, les familles de chouhada et de moudjahidine encore sous abri provisoire depuis l'indépendance, les émigrés qui débarquent parfois en pensant que leur Maire Algérien les logera aussi facilement qu'en France, etc...
7) La dernière, très importante à Constantine, est constituée de tous les cadres, les universitaires, les enseignants, les gestionnaires d'entreprises, les chefs de service administratif, les ingénieurs, les techniciens, les médecins, les....les..... qui demandent légitimement un minimum de conditions convenables pour produire un maximum de service à la société...
Quand on pense que dans chaque catégorie, ce sont des centaines, voire des milliers de familles qui attendent malgré les attributions périodiques de logements, on devine ce que signifie la grave crise de logement à Constantine !
De nombreuses études surtout universitaires, dans le cadre de préparation de thèses, ont épluché ce sujet devenu "bateau".
Mais on ne cite pas les catégories de situations sans penser à énumérer les possibilités de leur solution, on n'évoque pas la demande sans songer à l'offre. Je répète que volontairement j'évite de chiffrer mes affirmations car il faut alors préciser la période et reprendre les documents y afférent, ce qui n'est pas l'objet de mon texte.
Il n'y a pas une seule solution au problème du logement : plusieurs se complètent et, compte tenu de la gravité de la crise, toutes les formules sont les bienvenues aux conditions suivantes: le moins de gaspillage de terrain si rare dans notre commune, la rapidité d'exécution, le respect du plan d'urbanisme directeur.
C'est ainsi que se sont développées les constructions de bâtiments type HLM, de chalets individuels, de même que se sont multipliées les autorisations d'extension de maisons existantes, le plus souvent verticalement, de création de villas, voire de bâtiments nouveaux: nous sommes allés jusqu'à lancer des opérations de régularisation de constructions illicites répondant à certaines normes et après complément de viabilisation (cas de la cité Bidi Louiza parmi d'autres).
Ces programmes de réalisations simultanées en matière d'habitat ont-ils suffi à endiguer la forte demande ?
Certainement non ! Aussi combien de fois n'a-t-on pas entendu formuler le voeu d'un programme spécial pour venir à bout de cette crise à Constantine, voeu qui aurait supposé l'intervention de plusieurs sociétés étrangères aux côtés des nôtres, en vue de réaliser des cités complètes "clés en mains" à travers toute la wilaya, dans un rayon de 50 km. Ce qui parait relever d'un rêve où la baguette magique viendrait faire surgir quelque 50.000 logements en un plan quinquennal !
Parler de la crise de l'habitat à Constantine me rappelle non seulement l'énorme difficulté à l'atténuer sans perdre de temps, mais également sa complexité et sa variété qui ne permettent guère d'y voir clair globalement, sans un essai de classification. Les caractéristiques de chaque quartier, de chaque cité, m'ont fait souvent dire Kassantinète (des Constantines) au lieu de Kassantina.
En effet, il y a peu de points communs entre le quartier semi-rural de Sidi M'Cid et celui de Sidi Mabrouk, entre la vieille ville et Bellevue, entre El Kantara et la Cité Boussouf, entre le Campus universitaire et la zone industrielle... Aussi avons-nous demandé à notre bureau d'étude de dresser un tableau comparatif des cités avec, horizontalement, les équipements primordiaux, et verticalement, la liste de ces cités.
Le résultat donna une centaine de cités, regroupées en une douzaine de catégories que voici : ensembles de gourbis : de maisons et immeubles illicites, celles et ceux menacés par un glissement de terrain ; de chalets; de villas de l'époque coloniale; de bâtiments de cette même époque; de villas actuelles ; de bâtiments type HLM; cités de maisons en cours d'extension autorisée; vieille ville; village socialiste; constructions rurales; zone universitaire; zone industrielle.
Un tel tableau exposé au bureau de chaque responsable concerné dont le PAPC (Président de l'Assemblée Populaire Communale) permet de savoir ce que, chaque semaine, on a réalisé dans telle ou telle cité, que ce soit au titre du sectoriel, du PCD (Plan Communal de Développement) ou du programme communal.
Rares, bien entendu, étaient les Cités où la majorité des colonnes portaient une croix, la croix de l'équipement réalisé ou du remède appliqué ! Celles qui en avaient le plus se trouvaient à Bellevue, quartier de villas, majoritairement anciennes; mais les colonnes "alimentation en eau potable", "glissement de terrain", "aire de jeu" et "local d'accueil de jeunes" demeuraient en attente.
Au niveau de la vieille ville - autre exemple -; les croix diminuaient car les problèmes ici étaient et sont encore plus nombreux, plus complexes et de solution à plus long terme (danger de chute, vétusté des réseaux, sauvegarde de l'histoire, de la culture et de l'art, difficiles conditions de vie des familles, etc...).
En reprenant chaque catégorie, on y retrouve une ou plusieurs cités; exemple, les ensembles de gourbis; cela va d'un regroupement d'une vingtaine de familles et moins (prés du Monument aux Morts) à près de 500 (Mansourah) en passant par la centaine du Polygone, la cinquantaine de la rue ex-Charcot, les centaines du Bardo, etc.... Au total, une quarantaine de "cités" dans cette catégorie. Autre exemple, celui des chalets: les 1300 du Gamas, les 500 d'El Bir auxquels se sont ajoutés les 500 d'Ain El Bey et ceux tout récents au bas de la cité Boudjenana. Au total: quatre cités.
Un dernier exemple encore, celui des HLM; citons entre autres les cités Boussouf, Boudjenana, 5 Juillet, 20 Août, Benboulaid, Daksi, sakiet Sidi Youcef, etc....
La liste des cités classées par type d'habitat étant donc verticalement établie, on avait porté horizontalement les équipements essentiels suivants: eau potable, égouts, état des rues; des trottoirs; gaz de ville; électricité; téléphone; commerces essentiels; écoles; centres de soins; transport urbain, etc.....
Avec une croix ou autre indication à chaque colonne, on avait ainsi une vue globale de ce qui existait et surtout de ce qui manquait à chaque cité. Cela nous a aidés à déterminer les priorités et à agir en conséquence à travers " les Kassantiniètes" qui, je le rappelle, sont très peuplées si l'on considère le demi-million global que représente la population résidente de la ville.
Posté le 16.07.2006 par tahar
En fin de mandats (1975 - 1979), (1980 - 1984), j'ai consigné l'essentiel de nos conditions de travail , de nos problèmes , de nos tentatives de solution...
En voici le sommaire suivi de développement de quelques titres...
Table des matières
1ère PARTIE : EN PRISE DIRECTE (1975 - 1984)
PREFACE A LA 1ère PARTIE
INTRODUCTION
BESOINS DES CITOYENS ET DES CITES
DECONCENTRATION ET CONTROLE
LE PRESIDENT d'APC, SES COLLEGUES ET L'ADMINISTRATION
CHOIX DES ELUS ET CONTRIBUTION DE LA FEMME ELUE
UTILISATION DES LOCAUX SCOLAIRES
MISSIONS ECONOMIQUES DE L'APC
JUMELAGES
TUTELLE ET MODE ELECTORAL
UN CASSE – TETE : L'HYGIENE
DIVERS SOUCIS ET SOLUTIONS POSSIBLES
CONTROLE DE NOTRE GESTION
CONCLUSION
Ce
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